À 49 ans, Romuald Wadagni a succédé dimanche 24 mai à Patrice Talon. L’ancien ministre des Finances veut « réenchanter l’avenir national » en retenant les jeunes au pays et en renouant le dialogue avec les voisins sahéliens de l’Alliance des États du Sahel (AES).

C’est un discours de rupture dans le ton. Face à la vague d’immigration clandestine qui prive le Bénin de ses forces vives, Romuald Wadagni a brisé un tabou. « Ne prenez plus de risques inconsidérés », a exhorté le nouveau président, qui s’adressait directement à sa génération. Promesse au cœur de son message : le terreau de la réussite n’est pas en Europe ou ailleurs, mais au Bénin.

Dans les rues de Cotonou, ces mots résonnent comme un soulagement… et un immense défi.
Redonner espoir pour retenir les talents : le pari est immense dans un pays où la pression démographique ne faiblit pas. Pour l’analyste géopolitique Régis Hounkpè, ce clin d’œil à la jeunesse est une tentative de « réenchanter l’avenir national ».
« Il exhorte la jeunesse béninoise à ne pas prendre de risques inconsidérés, des risques pour un destin funeste au-delà de ses frontières. Le Bénin qui sera sur son destin pendant sept ans sera un Bénin prometteur, engageant, qui permettra aux jeunes de retrouver espoir et emploi », analyse-t-il.
La diplomatie des poignées de main
Mais pour offrir ces perspectives économiques, le Bénin doit d’abord stabiliser son environnement régional. Second fait marquant de cette investiture : la « diplomatie des poignées de main ». La présence très remarquée d’une forte délégation du Niger aux côtés d’autres représentants de l’AES, marque un tournant radical.
Après presque trois années de tensions et de crise politique entre Cotonou et Niamey, l’émotion était palpable lorsque Wadagni a évoqué ses voisins.
« La géographie fait que, impérativement, nous devons travailler ensemble. Il est important, au nom de la fraternité entre les pays et pour des raisons très pragmatiques, que le Bénin reprenne attache avec le Niger, avec le Burkina », souligne Régis Hounkpè.
Romuald Wadagni devrait poursuivre les chantiers économiques lancés par son prédécesseur, dont il était le ministre des Finances. Mais en liant le destin de la jeunesse béninoise à la réouverture diplomatique avec l’hinterland sahélien, le nouveau chef de l’État a posé les deux piliers de sa doctrine : à l’intérieur, l’emploi et l’espoir, et à l’extérieur la paix et le pragmatisme.
Reste désormais à savoir comment il parviendra à transformer ces promesses solennelles en opportunités réelles pour une jeunesse qui n’attend que des actes.

