La candidature de Macky Sall à l’ONU sème la discorde au sein de l’UA

L’annonce précipitée de la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies provoque des remous au sein de l’Union africaine. La méthode employée par le président en exercice de l’UA, Évariste Ndayishimiye, est vivement critiquée, tandis que le soutien officiel de Dakar reste en suspens, nous apprend Africa Intelligence.

 

MIXX PARFAIT

Moins d’un mois après sa prise de fonction à la tête de l’Union africaine (UA), le chef de l’État burundais, Évariste Ndayishimiye, s’est attiré les foudres de plusieurs chancelleries africaines. En cause, sa décision unilatérale de soumettre le nom de Macky Sall comme candidat du continent à la succession d’António Guterres aux Nations unies, sans consulter les instances compétentes de l’organisation panafricaine.

 

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Selon nos informations, la procédure a court-circuité l’ensemble des mécanismes de sélection de l’UA. Le 2 mars, la présidente de l’Assemblée générale de l’ONU, l’Allemande Annalena Baerbock, et le président du Conseil de sécurité, l’Américain Michael Waltz, ont reçu le dossier de l’ancien chef d’État sénégalais. Un document officiel de l’ONU, daté du 3 mars, présente d’ailleurs Macky Sall comme étant « le candidat présenté par le Burundi », et non comme le candidat officiel de l’Union africaine, une nuance qui en dit long sur le malaise actuel.

 

Un président qui « se substitue aux organes de l’UA »

 

Cette initiative personnelle du président Ndayishimiye est très mal perçue au siège de l’UA à Addis-Abeba. Le président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf, ne décolère pas. Ses équipes rappellent que, pour les postes de cette envergure, une procédure stricte doit être respectée : la candidature doit d’abord être notifiée à la Commission par note verbale, puis examinée par les groupes régionaux, avant d’être validée par le comité ministériel des candidatures, puis par le comité exécutif des ministres des Affaires étrangères.

 

Or, la question de la succession à la tête de l’ONU n’a été abordée que de manière informelle lors du sommet de l’UA de février 2026. Aucun nom n’a été soumis à la conférence des chefs d’État pour validation. « Nous avons le sentiment que le président de l’UA se substitue aux organes de délibération prévus par les textes », glisse une source proche de la Commission, résumant l’état d’esprit qui y règne.

 

La position ambiguë de Dakar

 

Pendant que l’UA tente d’éteindre l’incendie diplomatique, c’est à Dakar que se joue un autre pan de cette affaire. Officiellement, l’État sénégalais n’a pas encore endossé la candidature de Macky Sall, une condition pourtant essentielle à la légitimité de toute démarche internationale.

 

Sur ce point, le gouvernement sénégalais affiche des signaux contradictoires. Le Premier ministre, Ousmane Sonko, opposant historique à Macky Sall, serait fermement opposé à ce que le Sénégal soutienne la candidature de son prédécesseur. En revanche, le président Bassirou Diomaye Faye se montrerait plus ouvert à un compromis.

 

Depuis plusieurs mois, des médiateurs influents, à l’image du président ivoirien Alassane Ouattara, tentent de rapprocher les deux hommes. L’objectif est de sceller un accord tacite : Macky Sall s’engagerait à ne plus interférer dans la vie politique sénégalaise, en échange d’un soutien ou, à défaut, d’une neutralité bienveillante de l’État sénégalais dans sa quête onusienne. Un scénario encore hypothétique, mais qui semble être la seule voie permettant à l’ancien président de clarifier sa position officielle.

 

Une concurrence internationale rude

 

Pendant que les Africains règlent leurs comptes, le temps, lui, presse. Macky Sall entre dans une compétition mondiale où, théoriquement, la règle non écrite de la rotation géographique favoriserait cette année un candidat originaire d’Amérique latine.

Trois personnalités du sous-continent sont déjà en lice : l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, le directeur de l’AIEA Rafael Grossi, et l’économiste costaricienne Rebeca Grynspan.

 

Conscient du défi, Macky Sall s’active déjà sur la scène diplomatique. Il s’est entretenu le 5 mars à Paris avec le président français Emmanuel Macron, cherchant à s’assurer le soutien d’un membre permanent du Conseil de sécurité.

 

Mais pour l’heure, l’ancien président doit d’abord convaincre ses pairs africains que sa candidature est légitime, et que le forcing de son parrain burundais n’a pas d’ores et déjà compromis ses chances.

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