
À l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation, l’Association Mondiale pour le Développement défend une vision ambitieuse : faire de l’alphabétisation un instrument concret de dignité, d’autonomie, de transformation économique et de développement durable.

Savoir lire et écrire ne constitue pas seulement une compétence éducative. C’est pouvoir comprendre une information, exercer ses droits, gérer une activité, protéger sa santé, utiliser un service numérique et participer pleinement aux décisions qui façonnent son avenir.
Pourtant, malgré les progrès accomplis, au moins 739 millions de jeunes et d’adultes dans le monde ne possèdent toujours pas les compétences fondamentales en lecture et en écriture. Près des deux tiers sont des femmes. Cette réalité ne représente pas uniquement un défi éducatif : elle constitue un obstacle majeur à l’autonomie des personnes, à la valorisation du capital humain et au développement des économies.
À l’occasion du soixantième anniversaire de la Journée internationale de l’alphabétisation, célébrée sous le thème « L’alphabétisation au service des personnes, de la planète et de la prospérité », l’Association Mondiale pour le Développement porte une conviction forte : aucune société ne peut réaliser pleinement ses ambitions de progrès lorsqu’une partie de sa population demeure privée des moyens de comprendre l’information, de défendre ses intérêts et d’agir avec autonomie.
L’analphabétisme n’est pas une absence d’intelligence, de compétence ou de savoir. Dans les marchés, les villages, les exploitations agricoles et les ateliers, des femmes et des hommes produisent, négocient, entreprennent, transmettent des connaissances et font vivre les économies locales. Ils possèdent une expérience considérable. Mais l’impossibilité de lire un document, de tenir une trace écrite de leurs opérations ou de comprendre seuls certaines informations peutlimiter leurs possibilités et créer une dépendance souvent invisible.
L’alphabétisation doit donc partir de ce que les personnes savent déjà pour renforcer leur capacité d’action. Elle ne remplace pas l’expérience : elle lui donne de nouveaux instruments.
C’est le sens de la mobilisation engagée par l’AMD sous le sous-thème : « Alphabétiser pour autonomiser : construire le capital humain, renforcer les communautés et développer les économies. »
Cette vision repose sur une alphabétisation fonctionnelle, accessible et directement reliée aux réalités de la vie. Apprendre doit aider les populations à mieux gérer leurs activités, accéder aux services, comprendre les messages de santé et de prévention, participer à la vie citoyenne, s’adapter aux transformations numériques et adopter des pratiques favorables à la protection de l’environnement.
L’apprentissage devient également plus accessible lorsqu’il commence dans une langue que la personne parle et comprend. Les langues nationales et locales portent les savoirs, les identités et les expériences des communautés. Elles doivent aussi pouvoir devenir des langues de lecture, d’écriture et de développement, tout en créant des passerelles progressives vers le français, le calcul et les outils numériques. Il ne s’agit pas d’opposer les langues, mais de partir de ce que chaque personne maîtrise pour élargir ses possibilités.
La classe publique organisée par l’AMD au cœur d’un marché a donné une expression concrète à cette approche. Pendant près de deux heures, les participantes ont suivi les apprentissages avec attention, enthousiasme et une volonté manifeste de poursuivre. Des commerçantes comme des femmes ayant effectué des études universitaires ont souhaité apprendre à lire et à écrire une langue nationale.
Cette mobilisation révèle une réalité essentielle : le besoin d’alphabétisation ne se résume pas à un niveau de scolarité. Il concerne aussi l’accès à l’écrit dans les langues parlées quotidiennement, la valorisation des connaissances locales et la possibilité d’apprendre tout au long de la vie.
Lorsque les populations ne peuvent pas facilement se rendre vers les lieux d’apprentissage, l’apprentissage doit pouvoir aller vers elles.
Pour l’AMD, les marchés, les communautés rurales, les lieux de production et les espaces associatifs peuvent ainsi devenir des territoires d’apprentissage. Les programmes doivent proposer des horaires adaptés, des contenus utiles, des supports accessibles et un accompagnement respectueux de la dignité des apprenants.
Mais une classe publique, aussi mobilisatrice soit-elle, ne peut constituer une fin en soi. Elle doit ouvrir la voie à des actions durables. La sensibilisation doit conduire à des engagements ; les engagements doivent devenir des programmes ; et les programmes doivent produire une autonomie réelle et mesurable.
L’Association Mondiale pour le Développement appelle par conséquent les gouvernements, les collectivités territoriales, les institutions éducatives, les organisations de femmes, le secteur privé, les médias et les partenaires du développement à inscrire durablement l’alphabétisation dans les politiques publiques et les stratégies d’investissement social.
Investir dans l’alphabétisation, c’est investir dans la santé, l’égalité, l’emploi, l’entrepreneuriat, l’agriculture, la citoyenneté, l’inclusion numérique et la résilience des communautés. C’est reconnaître que chaque personne à qui l’on donne les moyens de comprendre et d’agir devient une force supplémentaire pour sa famille, son territoire et son pays.
À travers son plaidoyer et ses actions de proximité, l’AMD entend contribuer à rapprocher le savoir des populations, à valoriser les langues nationales et à mobiliser une coalition d’acteurs autour d’une alphabétisation porteuse de transformations durables.
Chaque mot appris peut ouvrir une possibilité. Chaque personne autonomisée peut devenir actrice du changement. Chaque communauté renforcée peut participer davantage à la construction d’un développement inclusif et partagé.

