A Lomé, la FANAF trace la voie d’une assurance santé viable et inclusive en Afrique
S’il est une équation que les acteurs de l’assurance santé peinent encore à résoudre sur le continent, c’est bien celle de la conciliation entre protection sociale et viabilité économique. C’est tout l’enjeu du Symposium de l’Assurance Santé en Afrique, qui se tient à Lomé, sous l’égide de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF). Pendant deux jours, décideurs politiques, régulateurs, assureurs, réassureurs et prestataires de soins vont plancher sur un thème ambitieux : « Bâtir un écosystème de l’assurance santé viable, inclusif et durable en Afrique ».


La branche santé séduit par sa dynamique. Avec une progression moyenne de 10 % par an entre 2014 et 2024, elle s’est imposée comme le premier ou le deuxième segment d’activité de plusieurs marchés de la zone CIMA. Pourtant, derrière cette vitalité commerciale se cache une réalité préoccupante : sur la période 2020-2024, le déficit d’exploitation cumulé de la branche santé dans la zone CIMA avoisine les 106 milliards de francs CFA. Un constat sans appel, souligné par le Président de la FANAF, Mamadou Koné : « Plus la branche grandit, plus elle perd. Une branche qui croît à perte n’est pas une réussite. C’est un risque reporté. »
Les causes du déficit de la branche santé sont bien identifiées : contrats souscrits en perte faute de données fiables pour tarifer, appels d’offres dégradés par la guerre des prix, clauses d’ajustement inappliquées, mais aussi surconsommation, surprescription, fraude et contrôle médical insuffisant. Autant de facteurs qui fragilisent un équilibre déjà précaire.
Pour les assureurs, la rentabilité n’est pas une fin en soi : elle conditionne la pérennité de leur mission protectrice.
« Un assureur santé qui perd de l’argent ne protège personne longtemps », insiste Mamadou Koné.
La voie vers l’équilibre commence dès la souscription : tarifer sur des données de sinistralité fiables, refuser les contrats structurellement déficitaires et appliquer les clauses d’ajustement de façon coordonnée sur tout le marché. Elle se poursuit dans la gestion, avec un contrôle médical renforcé, des médecins-conseils et des actuaires spécialisés. Elle dépend enfin de la maîtrise du coût des soins (médicaments, actes de laboratoire, génériques, parcours de soins) selon un principe simple : « le juste soin au juste coût ».
La réinvention du métier passera aussi par la technologie : télémédecine, prescription électronique, intelligence artificielle, tarification fondée sur la donnée, souscription en ligne, paiement mobile, feuille de soins électronique, identifiant unique et détection automatisée de la fraude transforment déjà les pratiques.
« La technologie n’est plus un outil à côté du métier. Elle devient la structure du métier », souligne le président de la FANAF. Cette mutation exige des investissements dans les systèmes d’information, la donnée et les compétences médicales et actuarielles, avec un pilotage mensuel par la direction générale. Elle appelle aussi des outils communs (codification des actes, identifiant unique, concentrateur de flux) que la fédération portera avec les associations nationales.
Le président de la FANAF a lancé une série d’appels : aux assureurs, de tarifer au juste prix, d’appliquer les clauses d’ajustement et de payer les prestataires dans les délais ; aux régulateurs, d’encadrer les organismes de gestion déléguée, de renforcer la surveillance de la branche et de mettre fin aux structures exerçant sans agrément ; aux prestataires de soins, de s’engager dans des conventions claires et de combattre la fraude et la surconsommation ; aux pouvoirs publics et aux organismes de couverture maladie universelle, de faire de l’assurance privée un partenaire, par les complémentaires et des référentiels partagés.
Enfin, le ministre Jean-Marie Tessi a insisté sur des produits adaptés aux réalités des populations. L’inclusion n’est pas une charité, mais une capacité à innover pour répondre aux besoins réels, avec des produits à coût modéré, accessibles au quotidien et couvrant l’essentiel des besoins sanitaires. Il a plaidé pour un système résilient face aux chocs financiers et économiques.
Les travaux doivent aboutir à la Feuille de route 2027-2030, qui fixera marché par marché des objectifs chiffrés, des responsables et des échéances, pour ramener la branche à l’équilibre technique puis la rendre bénéficiaire. Car la promesse demeure : permettre à chaque famille africaine de se soigner sans s’appauvrir, à condition que la protection soit à la fois accessible aux populations et viable pour les assureurs.

