27 avril 1960, Dame Vertu FIAWO s’en souvient comme hier

Le 27 avril 1960, Dame Vertu FIAWO avait 16 ans. Dans une interview accordée à nos confrères de Pyramide Fm, elle revient sur cette journée. Aujourd’hui âgé de 82 ans, sa mémoire intacte, a conservé les couleurs, les bruits et l’émotion de cette journée historique.Elle raconte, avec des détails et anecdotes, ce souvenir gravé à jamais dans sa mémoire.

 

MIXX PARFAIT

« On nous a demandé d’écrire à un ami comment nous avions célébré la fête de l’indépendance »

 

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« Le 27 avril 1960, c’est le jour de la proclamation de l’indépendance du Togo. À cette époque, j’étais à l’école primaire à Niamkpo. Nous passions notre CEPE, et dans la rédaction, on nous a demandé d’écrire à un ami pour lui raconter la fête. J’ai écrit… Et ce que j’ai écrit, je ne l’ai jamais oublié », décrit-elle. 

Dame Vertu se souvient des préparatifs, de l’effervescence qui régnait dans la capitale. Très tôt le matin, les élèves de toutes les écoles de la ville se sont rangés le long des rues, du stade municipal jusqu’au boulevard Circulaire.

« À 9h30, le défilé a commencé. En tête, la troupe de la garde togolaise, puis la brigade des travailleurs. Ensuite, c’était notre tour. »

 

Elle insiste sur sa tenue : bien habillée, bien dans ses baskets — « la Rome, quoi ! » — elle marchait la tête haute, balançant les bras comme un soldat partant à la guerre.

Sur la tribune officielle, les hautes personnalités venues du monde entier regardaient le défilé. Mais soudain, alors que la cérémonie battait son plein, des pétards éclatent. « Boum ! » Des oiseaux s’envolent, surpris.

« Le jeu n’était pas encore fini quand les feux ont éclaté. Des animaux se sont échappés, quelle surprise ! Distraits par ce spectacle, nous n’arrivions plus à marcher correctement. Nous avons dû sortir de l’enceinte du stade pour profiter de la fin des cérémonies. »

Elle rit en racontant cette scène :

« Ce n’était pas des bombes pour tuer, hein ! On jetait des feux comme ça, ça faisait panpan, et des oiseaux sortaient dedans. »

 

Son souvenir d’écolière est si vivace qu’elle dit avoir eu besoin de « feuilles et des feuilles » pour tout décrire. Ce jour-là, elle a obtenu son certificat de fin d’études primaires. Et avec lui, une mémoire visuelle et émotionnelle qu’elle a « capotée dans [sa] mémoire ».

Mais le sourire de Dame Vertu s’assombrit quand elle évoque le présent. Retraitée, âgée de 82 ans, elle touche une pension de 33 000 francs CFA par mois.

« C’est triste. Je ne peux pas m’en sortir, mais Dieu est Dieu. La vie est devenue tellement chère. En 1960, il y avait la joie, il y avait de quoi vivre. Maintenant, on ne peut pas supporter. On prie Dieu, c’est tout. »

Interrogée sur ses rêves de 1960 pour le Togo d’aujourd’hui — de grands hôtels, de belles routes, des hôpitaux accessibles — elle répond sans détour :

« Cela vient de nos dirigeants. S’ils sont conscients que nous sommes tous des humains, avec le même sens, qu’ils fassent ce qu’ils peuvent. Oui, il y a des hôtels, mais on ne vit pas avec un hôtel. Les routes ne sont pas bitumées. Quand il pleut, c’est une catastrophe, même chez moi ici. Je souffre atrocement. »

Elle appelle à l’unité : « Que tout le monde soit uni pour sortir le Togo de cet état. Dieu fera le reste. Ça viendra avec le temps. »

La robe du 27 avril 1960 : un trésor transmis aux générations

Malgré les difficultés, Dame Vertu a conservé jalousement la robe qu’elle portait ce jour d’indépendance. Un tissu simple, mais chargé d’histoire.

« Mes enfants, mes petits-enfants, et mes arrière-petits-enfants, si Dieu le veut, verront ce qu’on nous a donné pour défiler ce jour-là. J’ai porté cette robe pour que les enfants d’aujourd’hui voient : leur grand-maman a vécu cela. Le 27 avril, le jour de l’indépendance, c’est cette robe. Il ne faut pas jeter ce qui est abîmé. Il faut garder. C’est pourquoi j’ai gardé jalousement cette robe. »

« L’anniversaire, c’est l’anniversaire, mais moi, je pense toujours à ce 27 avril 1960 »

Dame Vertu FIAWO ne célèbre pas seulement une date. Elle incarne une mémoire vive, fière et lucide. Celle d’une petite écolière de Niamkpo qui, un jour, a écrit une rédaction sur l’indépendance… et qui, 66 ans plus tard, continue de la raconter, la tête haute.

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