Formation professionnelle : Emmanuel Winner House face au défi de l’emploi des jeunes

Dans un atelier de Lomé, le métal crépite sous la flamme et les étincelles illuminent les visages concentrés des apprentis. À la manœuvre, Emmanuel Degnibo Assogba. Fondateur du centre de formation gratuite Emmanuel Winner House, un centre de formation en soudure et en ferronnerie, cet artisan togolais a fait le choix de transformer son métier en outil d’insertion sociale. Ici, la soudure n’est pas seulement un savoir-faire technique, mais une porte de sortie pour des jeunes laissés en marge.


Le principe est simple. Les orphelins et les jeunes sans moyens, à condition d’avoir la volonté d’apprendre, sont formés gratuitement.
« Beaucoup de jeunes veulent travailler, mais n’en ont pas l’opportunité », explique-t-il. Lui-même connaît les obstacles du parcours.
Un métier transmis de père en fils
Emmanuel Assogba est tombé très tôt dans la soudure. Fils de soudeur, il grandit dans les ateliers, initié dès l’enfance à un métier qu’il accepte d’abord à contrecœur. Pendant près de dix ans, il travaille aux côtés de son père. À la disparition de ce dernier, il décide de poursuivre dans la même voie, par fidélité autant que par nécessité.
Faute de moyens financiers, sa formation sera longue et éprouvante. Là où deux ans suffisent généralement, il en passera six. Il complètera ensuite son apprentissage par une spécialisation en ferronnerie et en charpente métallique à Accra, au Ghana voisin. Une traversée faite de sacrifices, qui façonnera durablement sa vision de la transmission.

Former pour l’autonomie
Créée avec une ambition sociale bien définie, Emmanuel Winner House propose une formation structurée sur quatre années. Les trois premières sont consacrées à la maîtrise technique de la soudure. La quatrième est dédiée à l’apprentissage de la vie professionnelle notamment la relation client, l’établissement de devis, la gestion d’atelier, l’organisation du travail.

« Il faut aussi apprendre à diriger son propre atelier », insiste Emmanuel Assogba. À ce jour, près d’une centaine de jeunes sont déjà sortis du centre, pendant que d’autres promotions poursuivent leur apprentissage.
Un secteur en pleine évolution
Avec plus de vingt-trois ans d’expérience, Emmanuel Assogba observe les mutations profondes de la soudure au Togo. Le métier s’est modernisé. Les équipements électroniques ont remplacé les anciennes machines lourdes, facilitant le travail sur les chantiers et améliorant la précision.

Mais cette évolution a aussi ses limites. « Beaucoup de gens se lancent sans réelle spécialisation », regrette-t-il, pointant des travaux mal exécutés et des risques pour la sécurité. Pour lui, l’avenir du métier passe par la rigueur, la formation sérieuse et le respect des compétences.
Aujourd’hui, Emmanuel Assogba nourrit un projet plus ambitieux : créer un centre de formation élargi, intégrant d’autres métiers manuels comme la menuiserie, l’aluminium ou la peinture. Une réponse aux nombreuses demandes de jeunes qu’il ne peut encore satisfaire.

